Le m-payment au Mobile World Congress 2008
BARCELONE (AFP) - Maintenant qu’ils ont conquis les pays émergents, les opérateurs mobiles commencent à y proposer le transfert d’argent par téléphone mobile, un service au potentiel considérable pour les travailleurs migrants et les populations n’ayant pas accès aux banques. Le britannique Vodafone, numéro un du secteur, a annoncé lundi, au Congrès mondial de la téléphonie mobile de Barcelone, qu’il lançait en Afghanistan son service de transfert d’argent par mobile, après des débuts prometteurs au Kenya depuis mars 2007, avec déjà 1,6 million de clients. Il permet, en envoyant un SMS, de transférer de l’argent à une autre personne, qui peut ensuite aller le retirer dans n’importe quel magasin de téléphonie mobile du pays. “Vous pouvez envoyer de l’argent, en retirer, payer vos factures ou votre prêt, et tout cela se fait en quelques secondes”, explique Aleeda Fazal, responsable du développement de produits chez l’opérateur afghan Roshan, partenaire de Vodafone. Ce programme permettra également de toucher son salaire par mobile. Vodafone prévoit de le lancer prochainement en Inde et dans d’autres pays africains. L’opérateur est triplement gagnant: “il récupère une commission, mais surtout il augmente la fidélité de ses clients et le trafic sur son réseau”, note David Pringle, responsable des relations médias de l’association GSM, qui regroupe 700 opérateurs mobiles. L’association a recensé une douzaine d’initiatives de ce genre dans le monde, soit environ 10 millions d’utilisateurs fin 2007. “Nous en sommes encore au début, mais quand on voit la faible pénétration des banques dans les pays émergents, comparée à l’augmentation rapide de la pénétration du mobile, le potentiel est très important”, estime James Moberly, responsable des solutions de paiement chez Vodafone. Tandis que près de 5 milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès aux services bancaires, plus de 3 milliards possèdent un mobile. Ainsi au Kenya, on compte 400 agences bancaires, 600 distributeurs d’argent mais 10 millions d’utilisateurs de mobiles. Mais jusqu’à présent les transactions par mobile ne sont possibles qu’à l’intérieur du pays, au grand dam des travailleurs migrants, qui envoient régulièrement de l’argent à leur famille restée au pays. Selon l’association GSM, quelque 200 millions de personnes dans le monde travaillent dans un autre pays que le leur. Si le phénomène est très courant en Asie, par exemple aux Philippines où beaucoup d’habitants partent travailler à l’étranger, il s’accentue dans l’Union Européenne récemment élargie, avec des populations d’Europe de l’Est venant travailler en France, au Royaume-Uni ou dans les pays scandinaves. Selon GSM, la plupart des travailleurs migrants envoient entre 2.000 et 5.000 dollars par an à leurs proches, soit 20 à 30% de leurs revenus. Le marché total, difficile à évaluer, dépasserait les 250 milliards de dollars, avec l’Inde, la Chine et le Mexique comme premiers pays destinataires. Mais ces transferts internationaux sont longs, compliqués et coûteux et se heurtent encore à la faible pénétration bancaire dans les marchés émergents. D’où l’intérêt de permettre les transferts d’argent par mobile d’un pays à l’autre: GSM a lancé en 2007 un programme pilote avec 19 opérateurs présents dans 100 pays, Mastercard et Western Union, afin de trouver une solution standard. Celle-ci, estime l’association, stimulerait les échanges et multiplierait par quatre ce marché, pour qu’il atteigne 1.000 milliards de dollars en 2012. Séduisant pour les opérateurs, qui espèrent grappiller une partie du butin.